lundi 27 décembre 2010

Eric au Mexique

Tout est facile. La première fois que j'ai démonté un ordinateur, je croyais au cauchemar des néons et des soudures. La première fois que j'ai monté une fille, je dégoulinais d'une sale trouille visqueuse, anticipant les approximations anatomiques. La première fois que j'ai nagé au-delà des bras de mon grand-père, je me suis noyé de larmes. Mais tout est facile.
Cette fille, près de moi, est Sophie. Sophie est la fille que j'ai aimée pendant quatre ans. Quatre ans durant lesquels chaque nuit fut occupée à l'imaginer près de moi.
A présent, je veux dire à l'exact moment où Sophie, près de moi, adresse un sourire navré à l'hôtesse qui essaie de calmer la vieille chieuse devant nous, j'ai la France au cul. Pas toute la France, mais son incarnation la plus concrète.
Nous partons vers le Mexique. C'est un pays suffisamment abstrait pour faire le lien entre un territoire hostile et le monde que je conçois : Sophie me suçant à Bora-Bora. Tout est facile. Il suffit de se poser une question : où peut-on se perdre ? Au Mexique. Ceux qui ont pensé au Japon sont des cons.

J'ai accepté de partir, murmure Sophie.
Ma mère va mourir, et Quinze est cinglé. Je préfère te suivre.
Je ne suis pas très courageuse. Je me fous du courage.
Tu te souviens de Jimmy Sommerville ? Sa version de Comment te dire adieu ?
Je le revois s'agiter, faire le con devant la caméra. C'est incroyable. Personne n'a jamais rien su tirer de cette chanson, sauf lui. Jimmy Sommerville se trémoussant et ânonnant des paroles sans conviction. Comment dire adieu. Il y a répondu.

jeudi 7 octobre 2010

La suite tant attendue d'un récit pas loin d'être haletant

Ah oui, la biographe de papa.
Le doigt pesant de Karl fait défiler les chaînes, toutes muettes.
Oui oui, j'ai un peu exagéré ta mélancolie naturelle, petite soeur. Mais tu n'étais plus si loin du suicide, fut une période.
Non ?
Alors j'ai beaucoup exagéré.

Ne pas m'en vouloir. Je raconte des choses imbéciles, si souvent. Que ça ne te fasse pas rater le crumble.

Aucun risque, siffle Mina au regard concentré.

Regarde, le clip d'REM. Tous ces symboles, vraiment un truc de pédé, non ? Enfin moi je lis beaucoup de pédés, incroyable ce qu'ils produisent d'ailleurs, et ils ont le goût de la métaphore. La représentation, ils aiment. Presque autant que les rappeurs.

Une nouvelle théorie, Karl ?

Non, la fatigue. Ce boulot me désespère. Il y a l'enthousiasme à flinguer les espoirs des minables, mais il y a surtout l'épuisement de la lecture industrielle. Je suis le premier rempart de la publication, et je suis morcelé. Tu ignores le nombre effrayant de petits pistonnés qui franchissent mes douves. Alors je me venge sur les autres.

Ils fonctionnent par cycle. Parfois ce sont les femmes qui parlent de sexe. La première est publiée et ce sont des milliers de petites vocations misérables qui surgissent. En ce moment c'est le qualificatif. Quel génie les a convaincus que c'était la marque des grands ? Aucune idée mais la réalité est là, plus un mec traversant la rue qui ne soit élégant, fragile, ventripotent (ventripotent, petite soeur !), serein ou apprêté. Et la rue, paisible, sombre ou déserte ? Et la démarche, souple ou feutrée ? Ah, le voilà déjà sur le trottoir d'en face, pourvu qu'il soit étroit ou jonché d'immondices.

C'est la littérature, non ? Le crumble est bientôt prêt.

Et si ce n'est pas la littérature ? Je décide après tout.

C'est la littérature que l'homme soit ventripotent. Si c'est la vie, c'est un homme qui traverse la rue. Si c'est le cinéma, c'est l'homme qui fait semblant de traverser une rue qui fait semblant d'être la rue que traverse l'homme. Si c'est la musique, ce sont les croches qui font ses pas. Mais c'est la littérature que l'homme ventripotent traverse la rue bondée.

...
Tu es complètement conne, Mina. Heureusement, je suis là pour préserver les honnêtes gens de l'existence de l'homme ventripotent. Et de sa démarche féline qui le mène au trottoir orange.

De quel droit ?

Sérieusement ?

Sérieusement.

Parce que c'est ma fonction dans la société. Parce que j'ai écrit un chef d'oeuvre qui me donne le droit de juger ce qu'est la littérature.

Tu n'as jamais écrit de chef d'oeuvre.

C'est ton avis. Mais papa l'a aimé, et à cette époque, il était la littérature même.

Il a simplement dit que c'était surprenant. Surprenant de la part d'un nabot.

Un nabot austère. Mais il m'a publié. Et j'ai gagné tous les prix.

Deux prix.

Ils ne peuvent pas tous faire gagner le même. C'est mauvais pour l'industrie.
Très bien le crumble.

Pourquoi tu lui as dit que je m'étais suicidée ?

Tenter de te suicider. A cette fille ? Je sais plus. Je m'emmerdais et j'avais peu de choses à dire sur papa. J'aime parler de toi.

Karl.

J'aime parler de toi. C'est vrai.

Karl.

Pour qu'elle vérifie. Elle ne te parlera pas avant d'être sûre que cette histoire soit vraie. Si tu veux des réponses, il faut commencer par tout savoir.

Ensuite ?

Bientôt elle voudra le voir.
Le chapeau de Ronan oscille, porté par le mouvement du hamac.

Et tout finira.

dimanche 27 juin 2010

Jours trankils

On pourrait croire que je suis un gros branleur.
Et on aurait, somme toute, raison.

lundi 29 juin 2009

Pourrir d'enfance (1/2)

Je sens plus ou moins d'instinct (plus ou moins parce que je voudrais pas te casser les couilles avec un mysticisme déplacé qui se dévergonderait par quelque sombre astuce du surmoi hein, j'en suis pas encore là, bien que mon histoire avec Ele s'achemine tranquillement vers le bâillement) qu'on n'est égal à soi qu'en lecteur. Egal à soi parce qu'on ne retranscrira jamais l'ennui (indicible pour le coup, mais je fais l'effort d'éviter le clicheton besogneux, tu noteras) de l'identité ramenée à soi, ce qui n'est pas sans évoquer ces pubs grotesques survenues y'a pas mal : "I am what I am", surplombant Roddick ou d'autres. Désolation, I am what I am. Des siècles d'introspection et de recherche maladroite d'un sens ou d'une vérité, de grandes droites historiques, tout ça pour finir dans le fossé, je suis ce que. Et c'aurait été tellement mieux de s'arrêter là, tellement plus honnête finalement, quitte à faire dans l'humilité contrariée et putassière.
En lecteur, je vois pas trop la nécessité d'expliquer ça. L'effort de parcourir, de traverser l'encre amassée, pour y trouver peu finalement. Une histoire, mais comme d'autres. Pas une montagne ou des torrents qui se suffisent à faire le cake boursoufflé de sa propre contemplation. Pas des images qui pour le coup, entre deux tirades, peuvent nous ramener du mamelon (allez quoi, on peut résumer). De l'encre stupide. Et ça ressemble à de l'existence, cette façon têtue de se fatiguer pour rien. Donc le lecteur est, à moins qu'on ne vienne contester ma brillante démonstration, je vous attends, l'espèce se rapprochant le plus de l'homme. Non c'est pas le dauphin.
Je me disais ça à la lecture d'un truc, assez brillant au demeurant (ça parlait des stars et de la façon d'être cool), qui m'avait contracté; de dépit et d'amertume. Ce qui me correspond assez. Je suis quelqu'un d'infiniment peu contenu, tout en dévastation et en relâchement soudains. Ce qui est loin d'être intéressant, mais présente la particularité notable d'appuyer ma dissertation un peu caduque du départ, et quoi, on se raccroche à ce qu'on peut, j'avais dit instinct, pas clairvoyance. J'étais un peu plus tranquille de me retrouver médiocre en lecteur. J'étais pas loin de ce que (c'est filé, comme tournure, hein ? avoue quand même).

Ce texte était pas mal. Quelques formules, et de la spécification, ce qui créait du contexte (ou de l'atmosphère, je traduis pour les jeunes). Un truc qui se transformait, non pas en musique (la musique des mots, sans déconner, deux balles dans la tête), mais en détachement (de la chaise, de l'écran, des yeux et des algorithmes) : l'instant où quelque chose existe (où tu vois des images dans le texte, toujours pour les jeunes) (oui, "quelque chose existe" c'est de la chiasse de pigiste, mais là je vais à l'essentiel, parce qu'il est tard. C'est à ça ça qu'on reconnaît les scolaires : le souci de l'incipit, et l'effondrement subséquent).
Et puis rapidement, de la merde : de la psychologie de carrelage, de l'exécution sommaire ("les gens ternes", cette vieille rengaine bouseuse qui vise à distinguer les caractères, comme s'il y avait un peu de couleur à la volonté, un peu de divertissement à s'écarter). De la merde, pas spécialement irritante, mais décevante. Un manque de panache. Ce qui fait toute la petitesse de l'écriture, se cantonner à témoigner de soi. C'est pour ça que j'aime bien Marc Lévy, depuis que j'ai vu cette video de promotion (j'ai un peu la flemme, c'est sur youtube, pour son dernier bouquin) et son casque d'aviateur en cocasserie borderline. Marco a au moins compris ce qu'est un lectorat : une foule à abattre.

vendredi 15 mai 2009

Toutes des putes, sauf mon père

Quant à moi, bon, ça paraissait foutu, foutu jusque dans le désintérêt croissant pour toute forme d’optimisation et de poutrage ludique. Et puis la vie, exaspérément dispendieuse jusqu’alors, la salope, produisit devant moi Ele, que l’on nommera ainsi, non solum pour des raisons de prudence élémentaire (faudrait pas qu’elle appelle les flics), sed etiam parce je suis un rationnel de l’initiale.

Ele, dont la pâleur est comme un prétexte à l’éclat, me fait aimer les heures sup. Ele produit des hectares de champs synaptiques, des connexions de phéromones qui s’agrègent entre elles, et pour tout dire j’ai les glandes comme des couilles synthétiques. Ele, j’ose pas regarder tes yeux tellement je crains qu’ils m’inclinent à la platitude de l’indicible, mais un truc me dit qu’ils vont être connement bleus et que je vais en concevoir comme de l’infini en dosettes, que je vais en oublier Cannes et Nadal à planifier mes approches, qu’enfin j’y perdrai le temps et la fougue que je regretterai aux heures sombres des métastases. Pour l’instant je m’en tiens aux pommettes, clairement assujetties aux zygos, qui dilatent la finesse maxillaire et surlignent ton sphénoïde à m’en faire juter, le soir quand s’achèvent les mers verticales. Ele, tu écoutais Mouloudji quand tu étais petite et malade en voiture ?

vendredi 24 avril 2009

était

Anne n'était pas du genre à s'inquiéter. Plutôt du genre à se poser sur les parapets humides, prendre son temps pour allumer une cigarette et patienter des siècles. Du genre, calme. D'autres auraient pu la croire réfléchie, mais Anne était profondément tranquille. Certains aiment à observer les choses et les gens, en tirant une sorte de fierté ridicule. Ce n'était pas son cas. Car, et Anne le savait, assurément, on ne gagne rien à observer les autres. Non, ceux qui croient apprendre par les gestes et les attitudes, ceux qui se vantent de toucher au coeur de l'humain par l'écoute et le méticuleux pointage des comportements, sont des merdes immobiles. Anne savait que seule l'action pouvait bouleverser les vies, et s'il y avait bien une chose qui intéressait Anne, c'était le bouleversement. Simplement, il y avait des temps morts.
Très jeune, elle avait eu une ennemie. Ce n'était pas une vue de l'esprit, c'était une forme très concrète : une voix de femme. Une voix qui lui susurrait des menaces et des promesses de torture. Une voix qui résonnait dans la tête d'une petite fille de sept ans. Cette voix se manifestait tous les mercredis, au téléphone, alors qu'Anne était seule. La voix lui avait promis la mort, si elle s'avisait de ne pas décrocher au prochain appel. Sa mort, celle de sa mère, celle de son père, celle de son chat surtout, et, vraiment, Anne avait appris à croire au bouleversement. Quelques mois plus tard, la voix s'était tue, mais il avait fallu attendre plusieurs années avant d'expliquer à la petite fille que cette voix se prénommait Jane, qu'elle avait été une aventure du père d'Anne Versoony, et que son instabilité avait fait le reste. Depuis, Jane s'était matérialisée en photos, en recherches, en apprentissage, et Anne avait fini par tout savoir de la voix. Néanmoins, Anne ignorait qu'elle croiserait la voix ce jeudi, sur le quai du métro. Oui, les coïncidences présidaient aux bouleversements, et Anne en fut heureuse.
Jane attendait le métro, la voix s'était fondue dans la banalité du monde, et la petite fille de sept ans n'existait plus. Rien ne menaçait les jours heureux, et c'est une main tranquille qui pressa le dos d'une vieille femme au moment où la première rame arrivait en décélération insuffisante. L'observation ne menait à rien, Anne le savait d'autant mieux que la voix ne pourrait plus jamais prétendre à l'audible. Et c'est une contrariété paisible qui saisit Anne lorsqu'elle croisa le regard de Quinze, cinq mètres plus loin.

Quelques années plus tôt, lorsqu'Akhilene23 écoutait les premières mesures du Space Oddity en alignant quelques lignes faciles sur son blog, elle avait instinctivement compris qu'elle plairait majoritairement aux puceaux désespérés. Ce n'était pas une fille compliquée, et suffisamment vulnérable pour devenir une proie facile aux chasseurs amers. C'est ainsi qu'elle avait appris à connaitre Quinze, un prestataire insignifiant à trois mètres d'open space, qui déposait des commentaires tout aussi insignifiants sur son blog. Il n'avait pas été très compliqué à confondre, ses regards ulcérés se détournant brusquement à chaque fois qu'Anne ouvrait une page de son blog pendant la pause. Oui, les observateurs se croient invisibles, et patientent d'irréalisables projets. Akhilene était curieuse de savoir à quelle degré de médiocrité pourrait-il s'enfoncer avant de passer à l'action. Et, ce jeudi, Anne allait devoir mettre fin à l'attente.

Quinze murmurait quelques mots qu'elle ne comprit qu'à sa proximité. Le siècle avance vers moi.
Je suis le siècle ? interrogea Anne en souriant.
Elle suivit Quinze vers l'extérieur de la station, dans la cohue hystérique.
Vous êtes une représentation du siècle qui m'ignore, Akhilene.
Insondable degré de médiocrité. Anne préféra abréger.
Cette femme méritait la mort, quoi qu'on en pense. Je ne vous expliquerai rien, mais je peux vous donner de l'attention, Quinze. Je peux vous donner pratiquement tout. On commence par une bière ?
Je commence par vous dénoncer, Akhilene. On commence par la police.
Anne fut surprise. Puis elle comprit que le temps de l'action était révolu. Elle comprit ce que n'importe qui peut comprendre, quand une histoire se termine.
Elle contempla un instant le flux d'existences rassemblées dans cette artère, plongea naturellement. La tôle explosa le haut de son thorax.

vendredi 10 avril 2009

De la haine comme du Texas

Je peux essayer de transcrire ce qui m'agite et le mettre plus tard sur le blog. C'est un truc qui m'intéresse un peu. Mais je me souviendrai pas. Sauf si je prends des notes rapides, genre en mot-clés. Mais je vois pas trop comment faire. J'essaierai de me souvenir. Je reprends du début, pour que ça s'enchaine. Beatriz nous a plus ou moins invités. Ce qui est assez remarquable, c'est la position que nous avons adoptée, Audreyz et moi face à elle, Boriz décalé sur la tranche de la table, de sorte qu'aucun de nous n'est "à ses côtés". Je me marre doucement, pour la formule. J'ai une tendance un peu gênante à rire à la moindre connerie auto-suggérée. Mais c'est bien ça. Je suppose que chacun de nous a senti que Beatriz allait faire chier. Je me demande brièvement si j'ai cette même tendance à me plaindre en public, de façon inconsciente. A priori non. Ce qui conforte ce postulat : Beatriz fait chier. Pas loin, un mec qui parle à sa copine, il est assez classe mais parle comme une racaille. Pas agressif, mais une sorte de verlan en carton. Et des expressions type "v'là son délire, etc." J'ai toujours pas compris l'origine du "v'là", il le place toutes les deux phrases. Bon c'est chiant. Beatriz fait un putain de cinéma, elle est énervée, famille, impôts, et sa pute d'assoc'. Boriz sourit gentiment, je vois pas trop comment le dire autrement. Je me demande quelle tête je fais, du moins comment elle l'interprète. J'ai toujours l'air paumé, embarrassé, d'après moi. Mais c'est parfois pris comme un manque d'attention. J'essaie de me concentrer sur ce qu'elle dit, mais je suis un peu perturbé par l'idée de retenir ce que je pense. Audreyz, je n'arrive pas trop à me tourner vers elle, à le faire discrètement. Je l'ai trouvée assez jolie en venant, ça m'a surpris car jusqu'à présent, j'avais pas trop fait gaffe. Je repense à une histoire dans "Je bouquine" où une fille comprenait qu'elle était amoureuse du frère du mec qu'elle pensait aimer, mais qu'elle avait mis du temps à s'en apercevoir, il faisait partie du décor. Je me souviens plus d'où sortaient les auteurs de "Je bouquine". De vrais auteurs ou des mecs payés à la ligne ? Et comment en arrivait-on là ? Je me reconcentre sur Beatriz. Il faut que je modifie un peu ce qu'elle dit, sinon elle pourrait tomber sur le blog. Même si la coïncidence serait un peu grosse, c'est mieux. Je l'imagine faire une recherche google sur les sujets abordés dans une discussion de bistro. C'est complètement con, et je me marre en sourdine. Putain d'où j'ai choppé cette habitude de ricaner tout seul à mes conneries. Audreyz la relance, elle a l'air vachement concernée. je suis toujours faciné par les cheveux, c'est du moins le point de départ de tous mes attachements. Audreyz a les cheveux noirs, mi-longs qui disparaissent sous une écharpe rose qui contraste sa race. Rose et noir, c'est ce qui m'a attiré. Je devrais raconter dans le blog qu'à la fin de la soirée je me tape Audreyz, ce serait pas trop crédible, mais ça ferait une bonne chute. Encore ce ricanement d'abruti. Beatriz vient de dire qu'elle devait rentrer assez tôt, j'ai pas du tout suivi. Finalement le type au verlan de plouc est assez casse-couille, il parle fort. Je m'aperçois que je passe mon temps à penser du mal du reste. J'ai l'impression que c'est assez répandu, de penser du mal de. A peu près tout. Rien compris, si elle se casse et qu'on reste, on n'est plus invités ? Je m'en tape mais ça sert à quoi d'insister "mais alleeeeeez, j'vous invite", si c'est pour se barrer ? Sans déconner, elle voulait juste un auditoire ? On commande. je prends une Leffe, j'anticipe toujours le manque de choix et les discussions stériles ès-serveurs, Leffe c'est bien, tous les bars en ont. Comprends pas pourquoi d'ailleurs. Je dis à Beatriz "Mais on est tous persuadés que t'es une fille bien", sur un ton solennel surjoué, mais elle comprend pas l'ironie, ou elle s'en fout, et elle embraye. Audreyz en a carrément rien à foutre. Boriz me fait une sorte de sourire complice. Je me demande s'il a un sourire adapté à toutes les situations, genre "sourire numéro 6 pour le blaireau qu'a tenté d'être drôle". Ricanement d'abruti. Je me concentre un peu trop sur ce que je dis. C'est sans doute ce qui explique mon manque de naturel, en toutes circonstances. Audreyz a des tâches de rousseur assez discrètes. Je suis assez persuadé que c'est le combo Cheveeux noirs + écharpe rose X Tâches de rousseur ( mais discrètes, pas les purulentes des moches) qui a déclenché mon appétance. Je pense appétance te je me demande si c'est le bon mot, mais je procède souvent comme ça. Bref souvenir d'Echenoz parlant de la forme du mot dans une émission. Je me reconcentre sur Beatriz, je cherche un truc un peu malin à dire, histoire d'attirer l'attention d'Audreyz. Une formule un peu plus percutante, qui ne suffoquerait pas sa banalité. Quelques notes de "La fille du coupeur de joint". Tout le monde connaissait cette chanson en colo, sauf moi. Souvenirs de la colo. Je relance mollement Beatriz, qui s'en satisfait pleinement. J'ai envie de fumer, j'aime bien disséquer ces instants de manque, essayer de trouver ce qui se passe exactement, avant de fumer je n'avais aucune idée de la façon dont pouvait se manifester le manque. Je ne savais pas ce qu'était l'addiction, et j'étais curieux. Je pense "j'y ai gagné des réponses et des ennuis", ricanement d'abruti. J'irai bien fumer en écoutant le deuxième ending d'Hunter X, je me demande si beaucoup de gens associent les pauses clopes à la musique, si c'est un réflexe assez partagé ? Audreyz est passionnée par les tirades de Beatriz, soit elle fait bien semblant, soit elle est complètement conne. je me fais confortablement chier. Je me demande dans quelle mesure cette appétance surfaite correspondrait au besoin de justifier ma présence. Dans quelle mesure l'écharpe rose est un prétexte à ne pas regretter. Boriz précipite la conversation dans l'actualité, la video du mec qui se fait frapper dans le bus. Ils se coupent la parole pour reformuler les mêmes idées avec leurs propres mots. Ils sont tous sur l'exacte même ligne. Et ajoutent des anecdotes personnelles, pour montrer qu'ils connaissent la vraie vie. Mais sont assez éduqués pour ne pas sombrer dans le racisme. Je pense à Soral, supposant que c'est l'exacte raison qui l'a poussé à rejoindre le FN, non pas la haine de la pensée unique, puisque celle-ci, en particulier, à defaut d'être originale, me paraît assez indiscutable, mais cette forme de discours, ce caquettement ravi d'être en bonne compagnie et d'avancer des "idées", sur lesquelles on est d'accord, entre-nous. Mais Soral a peut-être d'autres raisons. J'ai une tendance assez chiante à jouer les apatrides de l'entre-nous.

vendredi 13 mars 2009

éclosent et fanent

Mina s'assoit au bord du lac sur lequel repose l'horizontale de Karl.

Tu sais faire la planche, maintenant ? Tu coulais toujours.
Je sais faire, oui. Avant j'étais pur, je croyais à la magie du corps flottant. Mais je sais faire, en m'agitant d'infimes convulsions. C'est la technique, non ? Enfin c'est la mienne.

Je fais le vieux. Leur corps se déglingue, et la flottaison leur donne, c'est paradoxal, un sentiment de contrôle.
Ça n'a rien de paradoxal.
Non ? Ils contextualisent leur déclin. L'homme ne comprend rien aux liquides, alors ils ressentent moins leur moisissure. Elle n'est plus flagrante, puisque nous sommes tous incompétents. Ça n'a rien à voir avec le contrôle.
Depuis quand les vieux t'intéressent ?
C'est un marché porteur. L'autre jour, un type se lamentait, "on oublie les vieux, on les jette et on les oublie". C'est vrai. Et je me suis dit, il y a un sacré marché à prendre.
Tu es un sacré malin, Karl.

Karl ?
...
Des millions de malins y ont déjà pensé. Des entrepreneurs, des politiques, des associations. Tu l'ignores vraiment, ou tu racontes n'importe quoi ?
C'était juste une idée. Mais tu l'as dit, je ne me suis jamais intéressé aux vieux. Je découvre le marché.
Tu veux gagner de l'argent ?
Entre autre, oui.
Quoi, entre autre ?
Je veux gagner de l'argent. Ou m'engager pour une cause. Ou voyager. Je veux trouver un rythme.

J'ai vécu, avec la seule angoisse de descendre deux étages et de faire cinquante mètres pour trouver un bol de nouilles. Voilà ce qu'est ma vie. je n'ai jamais travaillé. Je dors. Des semaines entières, qui s'ajoutent à d'autres semaines, qui font des années. Je veux trouver un rythme. L'argent, les vieux, c'est un début. Je m'intéresse aux taxis, la pop-culture, la maladie. Là, je fais le vieux. Je peux faire le malade. Tu veux ?
Une passion si soudaine pour le monde. C'est ravissant, Karl. Non, je ne veux pas le malade.

Mina se lève.
Karl.
Si la contemplation du ciel est l'acte fondateur de ta nouvelle existence, alors tu ferais bien d'en rester là. Ta vie n'en sera pas gâchée. Je dirai : mon frère a essayé de s'intéresser au monde, durant deux heures. Et il n'y aura personne pour m'écouter.

Ne crois pas ça, petite soeur.
Karl observe les motifs hawaïens de son bermuda.
A mesure que Mina s'éloigne, la voix de Karl gagne en puissance.
Tu seras là pour vomir tout ce que j'ai fait. Mais tu te souviendras de moi. Tu seras là pour écouter ce que tu diras de moi. Il n'y a que toi qui m'intéresse.

vendredi 9 janvier 2009

WTF +3 dex !1!oneeleven!!1! Ultmte weapwn any1 ?

J'ai largué Pauline, cette connasse. Pauline qui fut la braise de mon incandescence, la balistique pointilleuse de mon implosion, Pauline, eh bien Pauline était une sous-merde. Huit mois pour rien, huit mois à repeindre les chiottes de son confort clinique, plus un trombone qui dépasse, plus de sauce blanche dans mes kebabs, dégivrage du frigo une fois tous les deux mois, tout ça au nom du compte commun et d'une vie qui ne se conçoit plus qu'en terme de compromis.
Huit mois. Un soir, je lui demande si elle s'intéresse au bondage, et cette connasse se marre : un truc de frustrés qu'elle dit, de la branlette au rabais pour des Führers qui s'ignorent. Le lendemain je reprenais de la sauce blanche.
Göring t'encule, toi et ta chatte poisseuse, ta vie en bocaux, la passion qui n'est rien sinon se torcher le cul pour ne pas salir les draps.
Dévasté comme d'une rupture cutanée (Francky l'explique bien : ça se passe sous la peau), j'ai siphonné ma vodka en quête d'oubli et m'en suis retourné à ma vie glaireuse. Sur un forum, des mecs se la jouaient aristos du folklore SM, évoquant avec une sorte d'exaltation narquoise la chienne de Nietzsche, une américaine portée sur le gothisme, bisexuelle et fétichiste : Ginger. Rousse, des seins comme des torpilles et un sourire à vous détourner les Panzers. Signe manifeste du destin, une francophonie balbutiante favorisant la correspondante fièvreuse avec mon égérie de l'instant. Echange de banalités grasses qu'elle ponctuait invariablement d'aphorismes dudit Friedrich ; pas péteuse pour un sou, juste la poursuite dérisoire d'un atavisme mystique : le grand-père l'avait initié aux joies simples de la pataphysique pour les ploucs entre deux tripotages de mamelon. C'était le style de la famille, de lourd passé en traumatisme mutique, un vrai catalogue borderline. Les existences sont traversées, c'est ce qu'on dit. Les semaines s'installent dans nos vélléités confessionnelles, et soudain la révélation : elle n'aime plus sa vie corsetée d'hystérie, ces fantasmes qu'elle dévore comme les corps morts de ses amantes en partance, ce petit commerce de la chair ligotée, soumise et vidée de substance, et quelle substance ? Il n'y a plus que le plaisir froid d'être nue dans les bras d'inconnus, une cage existentielle à la mesure de sa soumission. Son purgatoire sera l'écriture, le déroulement circonstancié d'une vie de pornstar pour l'édification des masses tranquilles. Un témoignage.

Fin des guillemets. Bonne année l'ami.
Alors, outre que ce texte pue l'ennui, que peut-on dire ? Car, et c'est un effort, j'ai décidé de dire, ci-gissent mes résolutions.
Je dis : ce texte chiant est probablement le plus meurtri d'authenticité. Or, l'authenticité n'est-elle pas la valeur la plus singulièrement relou d'entre toutes ? Je lance le débat, encore un pavé dans la mare de la bien-pensance. Et maintenant je vais vomir. Les deux doigts dans la glotte. 2009, toujours moisi.

vendredi 5 décembre 2008

Maintenant

La question que je vous pose, Eléonore : Où je vais, tout de suite ? J'ai piqué du fric, j'ai piqué plein de fric en fait, et puis j'ai cassé la gueule de mon associé. J'ai fait tout ça pour partir à Bora-Bora et m'y faire sucer. Mais entre moi et Bora-Bora se dressent des putains d'emmerdements, voilà pourquoi je sonne et m'impose à vous, il me faut des chemins de traverse. Il me faut un ensemble d'idées et de propositions qui me feraient comme la patience du clébard face au loquet puis quelques étages. Il faut retarder mon idéal sous peine de connaître l'uniforme et la rigueur des mises en examen. Comment fuit-on ?
J'ai pensé à voyager léger, et dormir dans des terriers comme à passer les frontières à pied. J'ai pensé des coins improbables où personne n'imagine la vie, j'ai pensé Narbonne pour tout dire, Narbonne ou l'Estonie, qui viendrait me trouver là-bas ? Qui, pour une quelquonque raison, se dirigerait vers Narbonne avec des idées, je veux dire dans une cohérence de pensée ? Eléonore, c'est bien l'Estonie pour s'y planquer ? Il y a des avions pour les îles en Estonie ? Dites-moi, si je trace de Narbonne en Estonie puis direction Bora-Bora, n'aurais-je pas déjà payé une dette certaine à la société ?

Vous avez aussi cassé la gueule de mon patient, remarque Eléonore. Vous êtes pressé, mais je ne comprends pas pourquoi. J'ai de la difficulté à vous imaginer improvisant quoi que ce soit.

C'est vrai, soupire Eric. Tout était si bien. Bora-Bora, la pipe, le fric pour s'y rendre et la justice qui cavale, c'était vraiment apaisant. Et puis en sortant, je me suis dit, mais vous savez comment c'est, on veut toujours en faire plus, bref, je me suis dit, mieux que me faire sucer à Bora-Bora, je pourrais me faire sucer par Sophie à Bora-Bora. Je suis là pour ça. Sophie. Je l'emmène.

Mais non, Eric. Sophie est fiancée. Avec un type un peu à la ramasse. Mais fiancée. Eric. Vous allez casser la gueule au monde entier ?

C'est tout le problème. Eléonore, c'est tout le problème.

vendredi 7 novembre 2008

Où l'auteur s'emmerde très fort en rentrant du Memphis

Il est évidemment hors de question de se mêler à la joie. D'abord parce qu'on ne se mêle à rien, ensuite parce que la joie est chiante lorsque partagée. Tu le sais, rien ne vaut le ricanement amer. Néanmoins, il est difficile de se trouver une contenance. Critiquer ? Mais il n'y a rien à critiquer, la non-raison de se réjouir étant justement cette absence essentielle : il n'y a rien à dire. Va, vis et hurle en prophète : End ne pense rien d'Obama.
Bien. Développons pour une fois. Je veux dire, je serais vachement déçu si tu pensais que je suis le genre de type pas mal superficiel. Alors j'explique (en trois temps, parce que je fus scolarisé).

1) Pourquoi ne pas se réjouir ?
Parce que les autres le font. Parce qu'un noir ou un blanc, ce n'est rien. Ça ne signifie rien. Parce que ça fournit de la matière à des quintaux de bruit inutile (tu imagines, sérieusement, pour combien de temps on va en bouffer des analyses, des coulisses, des rétrospectives, des histoires secrètes de ?) Parce qu'il n'y a rien de nouveau, à part ce qui justement, n'est rien ? (t'as vu comment je recoupe mes analyses ?)

2) Pourquoi tout est tellement chiant ?
Parce que tout est écrit. Tu ne te réjouis pas ? Tu fais partie des râleurs. Tu te réjouis ? Tu fais partie des naïfs. Obama va décevoir ? On s'ennuie déjà à parcourir ces longs éditos qui démontreront que puisqu'il déçoit, c'est qu'il est justement à l'égal des autres, ce qui sera - forcément - sa plus grande victoire. Et s'il est assassiné ? On en prend pour trente ans. Trente ans de commémorations et de figures imposées, trente ans d'anniversaires. A expliquer à ses enfants qui il était. Des noms de rue et d'écoles. Des films. Des théories. Sérieusement, tu connais plus chiant que le mythe Kennedy ? Alors.

3) Mais que faire, bordel ?
Ne rien penser.

Je serais néanmoins chagriné que tu t'imagines que je m'inscris dans une sorte de posture désinvolte au long cours, afin, je ne sais pas, de paraître vaguement intrigant auprès des filles aux seins opulents sous leur pull en laine et d'ainsi pouvoir baiser en rentrant du Memphis.

Chagriné je serais.
Tiens, pas plus tard qu'il y a deux semaines, je me suis longuement enthousiasmé pour la victoire du PSG au Vélodrome. Le Guen qui joue offensif, c'est autre chose qu'un président noir. Le 4-3-3 peut avoir du panache.

dimanche 2 novembre 2008

Où l'auteur, à bout de force, admet enfin qu'il a une petite bite

J'aurai manqué de passion, de celles qui j'imagine, font voyager. Mais je n'ai jamais repris la main sur ce que je me représentais comme du caractère, ce mélange d'intolérance aux autres et de nonchalance appliquée à soi, et je n'aurai ri qu'à mes propres blagues, car, c'est bien le drame, tout construit de la nécessité de ne pas s'aimer, je me serai approuvé, célébré en toutes choses. Ce n'est pas facile d'aller à l'encontre de tout. Ne pas s'aimer, quand déjà l'autre vous porte une affection toute relative, vous laisse dans des eaux salement goëmonées, et pour tout dire infiniment froides. C'est qu'il faut bien ranger l'identité quelque part, la confier à des mains aimantes ou l'enfouir dans les replis de sa graisse. L'autre donc, appuie toujours un peu trop ses coups, sourd es-tu à la dignité, à l'empathie en attente, à l'attention qu'on attend au-delà des matchs à domiciles. L'identité sait doser ses coups, elle observe la chancelance et attend que s'équilibrent les forces. La pulsion de destruction n'existe pas tant en ennemi qu'en justicière proclamée, souvent trop maniérée et contemplatrice, mais finalement loyale - et patiente. Tout le reste s'organise autour des manques à combler, et pour d'autres en subsistance. Je m'en tire étonnament bien, j'insiste, à ma très grande surprise. I mean, j'ai du fric homey, de la grosse thune et de la pétasse en salles. C'est ce qu'on appelle la civilisation. Ce qui fait que les cages s'aggrandissent et recouvrent les champs déserts de la félicité. Si bien que les chemins de l'extérieur se rétrécissent. Si bien que la passion se retranche sous la boue. Si bien que les voyages semblent vains. Et la civilisation sauve les gens. Pas tous, mais j'imagine qu'il faut choisir son camp, Kamarad.

vendredi 10 octobre 2008

Et tu ne peux plier

J'ai une profonde affection pour moi-même, oui. Ainsi, lisant l'ami Nikita, je me souvenais de ces quelques mois où je te coursais le train. Je m'arrangeais pour te devancer de quelques mètres à la sortie, espérant si laborieusement que tu me voies et que tu m'appelles. C'était une façon de te laisser le choix. Te laisser le choix, toujours, lorsque j'imitais Pinochet au téléphone, pour que tu puisses croire, du moins faire semblant de croire, que tout resterait infiniment léger, que tes errances feraient le quotidien morose de mes quoi ? Allez tous ensemble : mes espoirs. Mais je n'ai jamais eu cette force de caractère, et j'attendais, des lettres, des visites, des mails, des appels. J'attendais en te souhaitant tout le malheur du monde, puisque nous avons tous aimé les filles perdues. Et il est vrai que ce n'était pas de l'amour, car on ne souhaite pas le malheur aux filles malheureuses qu'on prétend aimer. C'est, entre autre, ce qui fait de moi un individu de la masse, qui ne vaut pas le coup plus qu'un autre. C'est pourquoi j'ai une profonde affection pour moi-même. Parce qu'il ne fallait pas t'attendre, et que je l'ai fait.

lundi 6 octobre 2008

Elude des templiers

D'accord, parlons du frère d'Arwen. Le frère d'une héroïne. Qui cristallise les densités. Qui transporte le monde à sa suite. Qui vécut mille vies d'héroïnes. Qui fut suffisante à définir ce que pouvait être la vie, j'entends par là : parsemée et jonchée.
Son frère grandit à Rennes, entre la Leffe et les AG. Parfois il hausse un sourcil et te considère avec la compassion de l'oreille au moustique vrombissant. Il rejoint le FN en 1996. C'était quelque chose. Nous étions étudiants. Je veux dire que nos discussions, aussi enflammées que nous aimions le croire, n'étaient que des spirales décroissantes. Aussi éloignés que nous pensions l'être, nous finissions par nous entendre sur, plus que l'essentiel, l'ensemble. Nos désaccords étaient de simples nuances, de la sémantique appliquée aux descentes de houblon. Nous étions étudiants, et c'était assez pour mourir ensemble. D'accord sur, finalement, tout. Alors il s'engage au FN. Et c'est vraiment quelque chose. Car l'homme qui nous fait face n'est plus des nôtres. N'est plus étudiant. Est le mal.
Que pense-t-il des races ? pardon, des ethnies ? Rien. Il nous observe, l'oreille, le moustique. Peine de mort, chambres à gaz ? Son regard coule le long de ses doigts. Se détache de nous, d'Arwen. Pépito meurt, il part en ratonnades. Des nuits de violence maussade, à tabasser ce qui traîne. Prend du galon.
N'existe plus. Disparu de l'entre-nous. Parti là d'où ne reviennent plus que des épaves d'hommes, bouffis des réponses faciles qu'offre la haine de toute chose.

Arwen considère le rien qui fait sa vie depuis la mort de Pépito. Ce n'est pas tant un homme qui les aime qu'attendent les femmes. C'est l'homme qui ajuste son orbite à leur gravité, la morsure à leur plan d'existence, la crispation de leur mâchoire à ce qui fait d'elle l'indivisible nécessité. Ce n'est que la passion, mais c'est ce pour quoi nous souffrons et espérons avoir vécu. Pépito est mort en passion. En cette période qui ne tolère rien sauf l'autre et qui fait de nous des animaux nuisibles. De fait, Arwen ressent de l'amour vide. Des artères violacées et des coroles pantelantes. Voilà le suicide permanent que s'imagine vivre Arwen, dans sa tragédie d'héroïne déclassée, dans son ratage d'espérance. Dans ce rien qui fait le tout des connes. Et qui s'étend, fume des Bensons sur les escaliers trempés, patientant l'impossible.
Alors Arwen, lassée de vivre comme une absence, car l'absence ne souffre pas le rapport constant aux autres, les relevés de compteurs d'eau ni les régimes d'été, Arwen se dit qu'il est bien temps de revivre et d'aller au monde comme on va en course. Arwen se décide à revivre les temps héroïques d'elle-même.

Le regard de son frère continue de couler le long de ses doigts.
Le frère d'Arwen contemple ce qu'elle-même attribue au néant.
Ce rien d'existence, qui fait sa fierté imbécile de veuve stellaire. A la peine minérale. Si vite abreuvée.

mercredi 30 juillet 2008

Etude des peupliers

La clim' a sauté, autant dire que la nuit va être longue. Je voudrais qu'il gèle puisqu'on peut y remédier, contraindre l'épiderme et réfuter les atomes, mais que fait-on contre la moiteur ? Que dalle.
On m'apprend pas mal de trucs dans la famille, je me sens très proche du déversoir et d'en adopter la résignation concave, mais enfin, ce n'est pas comme si tout était tellement surprenant. Oui. De façon très malheureuse, je ne consens pas à m'y intéresser, lorsqu'ils me lâchent quelque énormité en désinvolture, et attendent une réaction, une surprise et de l'indignation. Je n'ai pas une vie si pleine, qu'elle ne puisse se résumer en quelques lignes, et parfois je la rejoue en murmurant ce qui a foiré et je distingue vaguement ce qu'il y a de génétique et ce qu'il y a de mes manquements singuliers à l'empathie et je me dis toi tu as bien fait de m'oublier et toi tu as bien choisi de m'enterrer, figures heureuses que vous autres qui me permettez par les soirs de chaleur de m'apitoyer un peu. Il suffit maintenant de quelques minutes pour rejouer les moments-clés de mon passage, d'en évaluer les variations et d'en mesurer l'insignifiance. Car plus que l'ombre dans la tienne, j'ai cherché à me passer de toi. Car plus que tes volutes, tes secrets, ton silence, ton absence massacrante, j'ai cherché ta bêtise et tes postures, et l'infini écoeurement qui gravite en ton odeur, en tes mots qui ne sont rien qu'une petite recherche de soi, et j'en suis compassé, et j'en ricane bêtement de ce que tu n'es plus grand chose.

samedi 26 juillet 2008

Avant

Je vous explique ce que je fais : s'il suffisait de cliquer sur un bouton pour nourrir un animal abandonné pendant un an, vous le feriez ? Simplement cliquer. Pas de carte bleue. Pas d'e-mail à fournir. Vous cliquez, et je m'engage à nourrir la petite bête larmoyante. Alors ?
Vous êtes 2,3% (moyenne annuelle) à le faire. Mon entreprise aurait été rentable à 1,7%.
Mais s'il suffisait de cliquer sur un bouton pour que je me fasse sucer 8 mois par an à Bora-Bora, vous le feriez ? C'est tout le problème.

Je m'appelle Eric. J'ai laissé crever des petites bêtes larmoyantes pour me faire sucer à Bora-Bora. C'était le projet. 870 000 euros bloqués sur des comptes un peu trop visibles. C'est comme ça, je ne me suis pas vraiment caché. Je me suis acharné pendant des mois à trouver un business-model cohérent, j'ai louvoyé entre les banques et les aides publiques, j'ai rassuré les investisseurs à coup de viennoiseries et de powerpoints destructurés, mais au moment de couillonner tout le monde, j'ai simplement pris l'argent. Mon associé s'appelle Alex, il ne comprend pas. Il ne comprend pas le mal ni la désinvolture. Je lui ai dit : je m'ennuie Alex, je veux filer à Bora-Bora. Alex dit : je comprends pas. Il m'observe. Alex m'observe pendant plus de deux minutes. Il cherche une solution, deux minutes pour une éternité de reflexion, avant de lâcher : tu as juste été négligent, l'argent est toujours là. Tu as été négligent, Eric.
Je m'ennuie Alex, je m'en vais. Je pars avec l'argent.
Tu peux pas. Il dit tu peux pas, avec le certitude de contenir la réalité en trois mots.
Au moment où je passe près de lui, Alex m'agrippe le bras. C'est tout le problème.

samedi 12 juillet 2008

1964

Bon, je croyais que c’était moi qui vous intéressais. Que vous faisiez des manières, planifiant de savantes approches et tout le bazar ; alors j’ai pas trop réfléchi. A votre histoire.

La fille renifle, avec un air pas mal agacé.

Non, c’est sur votre père.

Oui. Ça vous intéresse vraiment ?

C’est mon travail quoi.

Bon, il est né vers 1964.

Reniflement.

Non mais je sais.

Vous savez quoi au juste ?

Regard compassé.

L’essentiel quoi. Naissance, dates marquantes, tout ça.

Et vous voulez… ?

Votre regard sur lui.

C’est bien moi qui vous intéresse.

Vous pouvez juste me parler de lui ?

Je peux. C’est un esprit supérieur qui se considère comme un esprit supérieur. Très chiant. Le genre de type qui passe sa vie à faire des blagues sur les juifs pour choquer les esprits chagrins.

Il n’est pas antisémite ?

Non. Vous pensiez ?

Non. Mais ça confirme, c’est bien.

Ce n’est pas forcément bien. Les pères antisémites sont généralement de bons pères, un peu stricts, mais soucieux de passer le flambeau. Ça crée des liens, par nécessité.

Ce n’était pas un bon père ?

Non, mais il vous faudrait une approche un peu moins cliché.

Je déciderai de l’approche.

Bien sûr, vous observerez les faits en toute impartialité et le chemin de la vérité s’illuminera pour vos lecteurs.

Vous ne me faites pas confiance ?

Vous avez décidé de le réhabiliter.

Si c’est nécessaire, oui.

Non, particulièrement si ce n’est pas nécessaire. Je pourrais vous le décrire comme la plus grosse chiure jamais engendrée, ça ne ferait que vous conforter.

Me conforter ?

Vous allez en faire un homme extraordinaire. Extra. Ordinaire. En dehors de. Nos misérables quotidiens.

C’est votre avis. En quoi ce n’était pas un bon père ?

Je n’ai pas dit qu’il vous fascinait. Je n’ai pas sous-entendu que vous étiez idiote. Mais on ne vend pas la vie d’un homme pareil aux autres. Il vous faudra de la matière.

Mauvais père, donc ?

Mauvais père, absolument. Détestable.

En quoi ?

En son amour immodéré pour My funny Valentine, d’abord. Imposer ces longues minutes d’ennui à ses gosses, c’est déjà lamentable. Ma sœur avait laissé la chanson tourner en boucle quand elle s’est ouvert les veines. Ah tiens, de la matière.

Je sais, pour votre sœur.

Mais vous ne saviez pas pour Valentine. Moi non plus. Je l’ai appris récemment. Vous feriez mieux de ne pas le mentionner, en fait. L’esprit supérieur pourrait culpabiliser.

Ce n’est pas mon problème.

Si, ça l’est. Culpabiliser, ça ne dure qu’un temps. Ensuite, il passera à l’offensive, contre vous. Intimidation, menaces, procès. Je sais bien que vous n’êtes pas réfractaire au scandale, du moins que d’autres vous encourageront dans cette voie. Mais il vous réduira en cendres. Ma sœur viendra sur les plateaux, et vous jurera dans les yeux que cette histoire est fausse. Succès garanti, mais crédibilité entamée. Vous finirez à pavoiser sur les hypothétiques cancers de vieilles gloires médiatiques, et vous détesterez votre vie.

Il a tant d’influence sur votre sœur ?

Non, mais comme toutes les petites filles qui ratent leur suicide, elle s’imagine que c’est un instant qui n’appartient qu’à elle. Vous avez déjà essayé de reprendre un os à un chien ?

Et sur vous ?

Karl soupire.

Enormément. Il adore les voyages, il aime traverser les étendues africaines et les bocages indonésiens, se pâmer en florentin et moquer les juifs en Espagne. Il s’imagine le soufre ardent de sa présence à travers le monde. Il s’imagine la découverte et les horizons, les déjeuners galactiques où il souffle aux dieux « mi casa es tu casa ». Et moi j’angoisse pour descendre bouffer au chinois. Vous pourrez en faire quelque chose.

dimanche 6 juillet 2008

Ground Control

Depuis deux ans, Quinze dépose le même commentaire sous chaque post d'Akhilene23, une fille d'une curiosité toute relative qui ne s'est jamais étonnée de cette constance. Pas moins de 165 articles, ponctués du "Ah bon" de Quinze. 165 Ah bon. Et aucune réaction. Est-ce qu'elle réagirait si je l'avais traitée 165 fois de pute ? 165 fois menacée de mort ? Akhilene23 est une collègue de Quinze, une petite main de la direction marketing qui ne pense pas toujours à verrouiller son PC. Anne Versoony, un goût pour la j-pop et les videos de chatons, une existence tranquille, parents divorcés et fiançailles en vue, apparentée Modem (traditionnellement de droite). Quinze pourrait lui dire "c'est moi qui commente, à chaque fois" ou prononcer Ah bon, sur un ton qui ne laisserait aucun doute. Elle ne marquerait probablement pas de surprise, préférant ignorer ce qui pourrait bien être un - quoi, au fait - un con ? Un amoureux excessivement réservé ? Quinze serait de toute façon incapable d'expliquer. Pas que sa démarche lui paraisse tellement cohérente qu'elle se passerait aussi bien de cause et d'effet, mais Quinze porte en lui la gratuité des actes, qui lui paraît la seule raison valable d'exister. Il est probable qu'elle interprète ça comme un signal, une balise manifestant sa présence ; elle en conclurait qu'il se sent seul. Qu'il trouve dans ces pages banales un élément de confort, de sérénité. L'imaginant comme un gamin apeuré, elle n'aurait effectivement aucune raison de s'agacer ni de s'émouvoir de sa litanie pesante. Et l'émergence du commentateur dans sa réalité ne pourrait mener qu'à de l'indifférence, ou un vague sentiment de malaise. Anne Versoony ne réagit pas à l'intérêt marqué pour elle. Se sent-elle à ce point comblée par l'extérieur ? A ce point comblée que rien ne devrait perturber son chemin. 165 commentaires, toujours le même. Les autres commentateurs s'agacent ou s'amusent de cet entêtement dans le dubitatif. Et Anne Versoony (belge ?) est à ce point tranquille, qu'elle ne s'émeut en rien de cet acharnement. C'est profondément anormal. As-tu visité Bagdad sous les bombes, Anne ? Tes parents te frappaient-ils à tour de rôle, engoncés dans leur couple bancal ? As-tu tant vécu qu'un pervers en puissance, un type qui a fait de toi une cible manifeste ne t'évoque rien ? Et si j'apparais devant toi, dans un espace qui n'existera que par la reconnaissance mutuelle, verras-tu le danger potentiel ou t'en tiendras-tu à ce mutisme étriqué ? Il est temps de mettre un peu d'ordre, souffle Quinze. Un peu d'ordre dans sa vie.

jeudi 12 juin 2008

Plaçons des mots-clés judicieux et susceptibles d'attirer à moi le grand public d'internet : table basse, Danemark, aluminium

Hey !
Mon incompétence dont je te rebats les couilles depuis quelques lustres ne m'aura pas sauvé de tout; ainsi, constatant ma sinueuse vacuité (en cela qu'elle s'infiltre au coeur d'une terre métonymique pour en avorter toute mosaïque globale, non je déconne, I mean, en cela que je suis farouchement déterminé à passer mes 35h aux chiottes), mes patrons, dans un élan qu'on peut qualifier sans peine de désespéré, m'ont confié des RESPONSABILITéS (je vais pas m'emmerder avec de l'ascii). La pensée, car derrière tout acte patronal se cache une petite pensée chiennasse, la pensée donc, pouvant être résumée ainsi : confions lui un vrai boulot chiant, et pis s'il foire on peut le virer tranquille, p'têt même qu'il va démissionner sous le poids infamant de l'échec, hmm ? Si tu veux m'en croire, les patrons sont de grands enfants.
J'ai échoué, hein. Mais pas tant que ça. Du coup, je suis considéré "en progrès". hihi. je me permets de rire sottement, parce que : "en progrès". hihihi.
Nonobstant, on s'en branle. J'ai voulu pondre, y'a peu, tout un méta merdier sur la nécessité de raconter sa vie par le travail. D'en parler. Comment un type résolument inerte comme moi peut éprouver ce besoin de parler de l'inintérêt (le travail) au coeur de l'ennui (my so-called life, homey). L'ennui a un intérêt, tu vois ? Et moi de partir sur un discours là dessus, de chapeauter mes tirades, de m'astiquer la syntaxe. Je te le dis : on est passé tout près du nihilisme.
C'est l'été quoi. On s'en branle des nécessités du discours. C'est l'été et j'aime toutes les saisons. Je me suis remis à déblatérer du récit à 2 balles, t'as vu. C'est maladroit, et je manque de temps pour soigner tout ça. Mais je le fais pour une raison heureuse : ça me plaît, ces fragments. Pas de description, tout à minima. Karl, Mina, Quinze, des trucs pas aboutis qui végètent en clairefontaine ou en word depuis des chiées. Je mets en place, mais il n'y aura pas de finalité, ni de cohérence (note que je cherche pas non plus l'abstrait, je laisse juste en bordel, comme mes calbuts dans l'entrée; c'est la place de l'écrit). Ah je me sentirais tiers-mondiste pour un peu. Mais je manque de coeur, ami.
L'été quoi. les vodka-menthes à ressasser d'innombrables naufrages oculaires en démontant le cul des possibles. c'est dire comme je suis en progrès. hihi. Pardon.

mercredi 28 mai 2008

Les six compagnons contre Al-Qaïda

Je suis la tante Jany, anglaise quoi. Bon, vous m’avez oublié mais j’étais là pour les faire-parts et les photos de vos premières gamelles en tricycles. Vous êtes grands. Vous êtes grands, touchons au but : je suis probablement votre mère. Ou alors ça s’est joué à peu de choses. Heureux ? Vous avez peu connu votre mère légitime, je crois. Peu importe.

Je suis revenue pour votre père, pour lui rendre l’enfer. Ma vie fut une merde sans nom, et j’ai décidé de le soumettre, en substance, à l’amertume. C’est considérable, comme les gens s’imaginent qu’on n'a qu’une vie et qu’il ne faut surtout rien regretter. Moi je regrette tout, et je maintiens que la vengeance me tient lieu d’étendard. Je vous préviens parce que vous êtes peut-être une subsistance de moi : je suis portée par la haine. Ce serait un peu long de vous expliquer, mais voilà : je tiens à ravager sa vie, d’en faire une braise moribonde, cimenter au néant chacun de ses pas. De fait, j’aimerais que le monde s’embrase à ma mort, et le monde ce n’est que lui.

La paille de Karl projette de courtes vagues d’oxygène dans l’azote diluée de son verre, tandis que Mina observe le clébard du patron qui s’échine à mordiller sa propre queue.

N’attendez rien, Jany, tante Jany, bien que vous imaginez justement ne rien attendre, je sais d’expérience que chaque mètre qui vous a rapproché de cette brasserie et de nous portaient en eux une attente, aussi inconsciente soit-elle, car personne ne se déplace pour rien, sauf Karl peut-être qui souffle dans sa grenadine comme les gosses mal élevés, Karl, fais un effort pour tante Jany qui a fait plusieurs kilomètres pour nous livrer son effroyable vérité de femme bafouée, Karl, c’est probablement notre mère, fais honneur à la haine qu’elle déverse en un monologue répété de longs mois et même, dites-moi si je me trompe tante Jany, de longues années, car c’est bien l’aboutissement d’une vie que cette litanie en souffrance, il vous manquait des spectateurs à votre fin, c’est un peu dur de finir seule et misérable sur scène, ça je peux le comprendre, mais n’attendez rien de Karl qui s’est déjà hissé contre tout, contre lui-même et contre les chiens, contre les plantes et contre son père, contre nous et tout ce qui n’aurait pour projet que d’exister, n’attendez rien de lui ni de moi qui vous pardonne car je m’en fous, j’ai des enfants et un mari qui m’attendent, des tonnes de linge et de bouffe qu’aucune mère aussi inattendue et soudaine soit-elle ne prendra à sa charge. Je vous pardonne pour le mal que vous croyez faire, tante Jany, je vous pardonne comme Karl vous condamne car il a déjà tout condamné.

Te voilà condamnée et pardonnée dans l’instant, maman Jany, souffle Karl dans son apnée magenta, vois comme le monde est désespérant de charité.